Bref historique de :
La sculpture et des arts décoratifs du XVIe au début du XXe siècle
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Du
romantisme à l’aube du
XXe
siècle
Statuomanie et sculpture romantique
L’inspiration
classique
continua à dominer la sculpture des Pays-Bas pendant une grande partie
du xixe siècle. Après
l’indépendance de la Belgique, en 1831, les provinces septentrionales
purent difficilement se prévaloir d’une tradition propre et le
sculpteur le plus influent fut le Malinois Louis Royer. Placé sous la
protection de la cour royale de La Haye, il eut d’importantes
fonctions dans l’enseignement artistique. Royer fit des portraits
privés ou des statues de héros nationaux dont le style s’accordait
avec le goût international, désormais friand d’histoire. Il créa
également l’imposant miroir de toilette en argent doré offert à la
princesse Marianne, fille du roi Guillaume Ier, à l’occasion de son
mariage, en 1830. Ce miroir fabriqué à Bruxelles par l’orfèvre Joseph-Germain
Dutalis illustre encore la solennité du style Empire qui régnait dans
toute l’Europe.
Les
statues du poète Vondel (Amsterdam, 1867), du peintre Rembrandt
(Amsterdam, 1843-1849), du héros des mers Michiel de Ruyter (Vlissingen,
1841) et du père de la patrie néerlandaise, le prince Guillaume
d’Orange (La Haye, 1848) comptent parmi les œuvres les plus connues de
Royer. Ces statues, réalisées en fonte parce que le bronze était trop
onéreux, expriment l’essor du sentiment nationaliste qui se
développait parmi la bourgeoisie.
Après
l’indépendance, la sculpture publique belge se teinta encore plus
fortement de nationalisme. La famille Geefs jouait un rôle primordial
dans ce domaine depuis 1830. Guillaume Geefs participa à la
statuomanie qui dominait toute l’Europe en réalisant les portraits du
roi Léopold Ier et du général Belliard (1832-1836) à Bruxelles, de
Rubens à Anvers (1840) et de nombreux savants éminents ou hommes
d’État. On peut apparenter à cette vague le portrait de Van Dyck (Anvers,
1856) exécuté par Léonard de Kuyper, les statues équestres de Godefroy
de Bouillon (Bruxelles, 1848) par Eugène Simonis et de Charlemagne (Liège,
1863) par Louis Jéhotte, et enfin la célèbre figure de Brabo (Anvers,
1884-1887) par Jef Lambeaux. Brabo, fondateur légendaire de la ville
d’Anvers, ou Antwerpen, aurait coupé et jeté à l’eau la main d’un
géant, donnant ainsi son nom à la ville portuaire («handwerpen
signifiant jeter la main).
Quant
à Joseph Geefs, il consacra ses œuvres à des thèmes classiques.
Guillaume II, roi néerlandais amateur d’art, acheta sa sculpture
originale appelée Le Génie du Mal et datée de 1843. Les grandes ailes
de chauve-souris du mauvais génie atténuent le froid classicisme du
jeune homme assis et donnent à la statue une expression plus
romantique. Charles-Auguste Fraikin est un digne représentant de ce
même courant, qui délaissa les principes rigoureux du néoclassicisme
tout en restant fidèle aux thèmes classiques. Fraikin était
techniquement très doué, comme en témoigne son Triomphe de Bacchus
(1868). Les nombreux détails naturalistes — les grappes de raisin, les
feuilles de vigne ou les instruments de musique — semblent avoir été
sculptés dans le marbre avec aisance. Le thème classique de la
bacchanale, illustré ici au moyen d’enfants, est représenté avec une
grâce touchante.
Après
1850, un style plus expressif encore se substitua au romantisme
bourgeois. Le bronze devint le matériau favori des sculpteurs de
Belgique. Lambeaux peut être considéré comme le chef de file de cette
tendance la liberté du modelé accentue la force des émotions et des
gestes qui caractérisent ses compositions. La Folle Chanson de 1884
exprime bien le contraste qui oppose la bacchante élancée et le lourd
satyre enivré, pris de fou rire.
L’historicisme
Au
xixe siècle,
les mouvements internationaux de style historicisant dominaient la
sculpture, mais les Pays-Bas et la Belgique n’y jouèrent qu’un rôle
relativement modeste. Les rares créations originales apparurent dans
deux autres domaines, l’ébénisterie et l’orfèvrerie. Les premières
œuvres néogothiques répondaient à des commandes de l’Église. Grand
pionnier de ce style, l’architecte Pieter Cuypers restaura un grand
nombre de lieux de culte catholiques et construisit des bâtiments
profanes remettant au goût du jour les styles médiévaux. En
choisissant ses modèles en dehors des frontières, il se référait
directement à des personnalités influentes, tels Viollet-le-Duc,
architecte et théoricien français, ou l’Anglais Augustus Welby Pugin.
L’armoire à musique peinte en 1858-1859 qu’il destinait à sa propre
demeure s’inspirait à la fois du gothique français et du modernisme
anglais. Le projet imitait une armoire gothique de Noyon et des
meubles médiévaux que Viollet-le-Duc avait fait connaître en 1858 dans
son Dictionnaire raisonné du mobilier français. À cette époque, la
mode anglaise faisait appel au style médiéval pour le décor peint des
meubles profanes. William Burges créait et colorait son premier meuble
au moment même où Cuypers réalisait son armoire à musique. Cuypers
s’était associé à l’entrepreneur Stolzenberg et dirigeait avec lui, à
Roermond, un grand atelier produisant les objets d’art religieux qui
prenaient place dans les nombreuses églises catholiques construites
après 1850.
Le
style néogothique avait toutefois fait son apparition dans un
environnement profane dix ans auparavant. Le roi Guillaume II, qui en
était féru, avait appris à l’apprécier pendant ses études à Oxford. Il
conçut lui-même la salle gothique de l’ancien palais du Kneuterdijk à
La Haye (1840-1842), prenant pour modèle le hall de la Christ Church
College d’Oxford. Le roi possédait également l’ambitieux argentier
réalisé en 1844 par Jan Adolf Hillebrand, alors âgé de vingt-cinq ans.
Guillaume II avait acheté ce meuble qui démontrait toute la virtuosité
du maître à l’exposition frisonne de Leeuwarden.
L’ébéniste de Rotterdam Johan Diedrich Schmidt et son frère sculpteur
Cord Heinrich Schmidt fabriquèrent vers 1865 un ensemble de meubles de
style néo-rococo. L’armoire vitrée qui en fait partie est une
adaptation d’un secrétaire allemand du
xviiie siècle. La carte
de visite de Cord Heinrich est intéressante sur le papier qui
mentionne les interventions proposées, son nom est entouré de
décorations provenant de quatre styles différents (gothique,
Renaissance, grec et rocaille). Héritier d’une période éclectique, il
passait aisément des rinceaux d’acanthe aux rocailles et aux ogives.
En
1850, le plus grand maître en argenterie était Johannes Mattheus Van
Kempen. D’abord installé à Utrecht puis à Voorschoten, il fut l’un des
premiers artistes en Europe à travailler l’or et l’argent de manière
industrielle. Il utilisait des machines à vapeur pour le traitement de
l’argent et effectuait de façon mécanique une partie du travail de
gravure. Son candélabre de 1864 reflète clairement l’influence
anglaise. Les motifs rustiques utilisés, et notamment l’enroulement
des ceps de vigne, en témoignent. À l’exposition universelle de
Londres, à laquelle Van Kempen participa en 1851, ce type d’argenterie
naturaliste était surtout représenté par les maîtres britanniques. Ce
candélabre fait écho au naturalisme des argenteries rococo fabriquées
un siècle plus tôt à La Haye, et la présence d’un pied portant un
cartouche en rocaille n’est pas fortuite.
L’Art
nouveau
Dès
les années
1880
se manifesta un style qui rompait délibérément avec l’éclectisme du
xixe tout en annonçant le
xxe siècle. Toutefois,
l’Art nouveau prit des formes tout à fait différentes en Belgique et
aux Pays-Bas. D’une manière générale, en Belgique, le nouveau style
floral et gracieux s’apparentait à son homologue français, tandis
qu’une variante rigoureuse et structurée, proche du Jugendstil
austro-allemand, se développait dans les provinces septentrionales.
Malgré ces divergences formelles, les deux pays apportèrent de très
originales contributions à l’Art nouveau autour de 1900 et les
réalisations gagnèrent en qualité. Cette période se caractérise, au
Nord comme au Sud, par un épanouissement extraordinaire des arts
appliqués. Enfin, ce nouveau mouvement artistique, qui s’intéressait
ouvertement aux idées sociales ainsi qu’aux idéaux socialistes,
pouvait passer pour révolutionnaire, même si la grande majorité des
œuvres était encore destinée à la riche bourgeoisie.
En
Belgique, Victor Horta fut l’un des principaux fondateurs de l’Art
nouveau et un architecte très productif. Suivant les nouveaux
préceptes, le mouvement recommandait une approche englobant tous les
arts. Horta consacra ainsi une partie de son temps à dessiner toutes
sortes d’objets et de motifs décoratifs dont le style floral marqua la
naissance de l’Art nouveau en Europe. L’hôtel Tassel constitue le
premier exemple de cet art intégral, où se mêlent harmonieusement
éléments constructifs et ornementaux, tous faisant appel au métal.
L’usage du fer et du verre fabriqués de manière industrielle avait
bouleversé depuis peu le domaine de la construction et de
l’aménagement intérieur.
L’artiste polyvalent Philippe Wolfers joua également un rôle
fondamental dans l’essor du style floral en Belgique. Orfèvre de
formation, il créa des ornements dans le style du Français Émile Gallé
et réalisa des sculptures en céramique. Il est par exemple l’auteur du
pot de fleurs exécuté par la fabrique de céramique d’Émile Müller à
Ivry. La forme du pot, ondulé comme une fleur, s’orne d’orchidées
épanouies. Certains céramistes développèrent un style floral plus
abstrait, tels Arthur Craco et Willy Finch. Ce dernier, qui était
aussi peintre, expérimenta des vernis de couleurs différentes dans ses
toutes premières céramiques. Quand il s’installa à Forges, près de
Chimay, en 1895, Finch fut fortement impressionné par la poterie
paysanne de la région. S’inspirant de ces modèles traditionnels, il
réalisa des œuvres plus simples, mais donna aux formes rustiques une
expression inédite qui n’est pas sans rappeler la céramique japonaise
alors très prisée.
L’intérêt porté à la courbe, si caractéristique de l’Art nouveau en
Belgique, a été vigoureusement réaffirmé par Henry Van de Velde.
Lorsque l’architecte aux talents multiples affirmait la ligne est une
force, il sous-entendait qu’elle était pour lui une force naturelle et
élémentaire. Depuis 1891, Van de Velde croyait au jeu dynamographique
de la ligne et l’appliquait à ses créations textiles comme à ses
meubles. Plus encore que chez Horta ou d’autres artistes de la même
époque, les lignes de Van de Velde se situent entre structure et
décoration. Le bureau qu’il réalisa pour la Sécession de Munich (1899)
en est une bonne illustration. Ce meuble est structuré par des
mouvements ondulants tandis que le revêtement lui donne des accents
subtils mais riches de tension. Van de Velde, qui fréquentait
assidûment les milieux internationaux, recevait bien plus de commandes
en provenance de l’étranger que de son propre pays.
Le
sculpteur Charles Van der Stappen réalisa en 1898 un buste de sphinx
en marbre. Cette figure, également coulée en bronze et reproduite en
ivoire, peut être considérée comme l’une des rares statues Art
nouveau. Le thème mystérieux du sphinx était populaire chez les
peintres symbolistes mais rarement représenté par les sculpteurs.
L’utilisation de l’ivoire était largement répandue en Belgique autour
de 1900 car cette matière pouvait être importée en quantité du Congo,
possession du roi Léopold II puis colonie belge.
Les
œuvres sculptées de George Minne sont aussi marquées par la double
influence de l’Art nouveau et du symbolisme. Les plus connues d’entre
elles, y compris celles qui ont été conçues pour sa Fontaine aux
agenouillés, présentent des figures de jeunes hommes nus, longilignes
et repliés sur eux-mêmes. Le contraste entre les attitudes sobres,
presque géométriques, des personnages et les surfaces fluides de la
pierre offre des effets décoratifs extraordinaires.
Autour de 1900, des sculpteurs manifestèrent une nouvelle sensibilité
aux questions sociales. Elle se développa surtout dans les travaux de
Constantin Meunier et Rik Wouters. L’œuvre de Meunier est en grande
partie consacrée à la classe ouvrière. Son style sobre se caractérise
par des lignes simples et des masses qui laissent apparaître de
grandes surfaces. L’imposante figure du Puddleur, exécutée en 1884,
avait été prévue pour le monument au travail qui ne fut érigé à
Bruxelles qu’après sa mort. Rik Wouters recourait à un modelé libre et
robuste qui rappelle la manière de Rodin et restait attaché aux thèmes
de la vie quotidienne. Il fit ainsi poser sa propre épouse pour
réaliser la figure des Soucis domestiques (1913). Wouters mourut
prématurément aux Pays-Bas, où il s’était réfugié durant la guerre il
avait trente-quatre ans.
À la
fin du xixe siècle,
l’artisanat néerlandais connut un renouveau qui toucha d’abord la
céramique. La décoration s’inspirait des arts de l’Extrême-Orient, et
en particulier de Java qui était alors une colonie des Pays-Bas. Le
pionnier en la matière fut Colenbrander. Ses ornements abstraits et
très colorés, exploités par la fabrique de céramique Rozenburg à La
Haye, témoignaient d’une grande originalité. Il parvint à réunir en un
tout harmonieux des motifs naturels, fantaisistes et exotiques issus
des tendances pseudo-islamiques et javanaises. Sa garniture de vases,
le monumental Jour et Nuit (1885), est un modèle isolé qui annonce
l’Art nouveau néerlandais.
La
fabrique Rozenburg connut une renommée internationale après
l’apparition d’un nouveau produit obtenu par coulage une porcelaine
très fine appelée coquille d’œuf qui fut lancée en 1900 à l’Exposition
universelle de Paris. Le procédé, mis au point par Jurriaan Kok,
permettait d’obtenir des formes anguleuses et carrées. Ces objets
graciles étaient peints de façon asymétrique et s’inspiraient souvent
des exemples japonais.
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