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Association fondée en 2002 pour l'étude et la conservation de la sculpture des anciens Pays-Bas

 

 

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Bref historique de :

La sculpture et des arts décoratifs du XVIe au début du XXe siècle

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Du romantisme à l’aube du XXe siècle

Statuomanie et sculpture romantique

L’inspiration classique continua à dominer la sculpture des Pays-Bas pendant une grande partie du xixe siècle. Après l’indépendance de la Belgique, en 1831, les provinces septentrionales purent difficilement se prévaloir d’une tradition propre et le sculpteur le plus influent fut le Malinois Louis Royer. Placé sous la protection de la cour royale de La Haye, il eut d’importantes fonctions dans l’enseignement artistique. Royer fit des portraits privés ou des statues de héros nationaux dont le style s’accordait avec le goût international, désormais friand d’histoire. Il créa également l’imposant miroir de toilette en argent doré offert à la princesse Marianne, fille du roi Guillaume Ier, à l’occasion de son mariage, en 1830. Ce miroir fabriqué à Bruxelles par l’orfèvre Joseph-Germain Dutalis illustre encore la solennité du style Empire qui régnait dans toute l’Europe.

Les statues du poète Vondel (Amsterdam, 1867), du peintre Rembrandt (Amsterdam, 1843-1849), du héros des mers Michiel de Ruyter (Vlissingen, 1841) et du père de la patrie néerlandaise, le prince Guillaume d’Orange (La Haye, 1848) comptent parmi les œuvres les plus connues de Royer. Ces statues, réalisées en fonte parce que le bronze était trop onéreux, expriment l’essor du sentiment nationaliste qui se développait parmi la bourgeoisie.

Après l’indépendance, la sculpture publique belge se teinta encore plus fortement de nationalisme. La famille Geefs jouait un rôle primordial dans ce domaine depuis 1830. Guillaume Geefs participa à la statuomanie qui dominait toute l’Europe en réalisant les portraits du roi Léopold Ier et du général Belliard (1832-1836) à Bruxelles, de Rubens à Anvers (1840) et de nombreux savants éminents ou hommes d’État. On peut apparenter à cette vague le portrait de Van Dyck (Anvers, 1856) exécuté par Léonard de Kuyper, les statues équestres de Godefroy de Bouillon (Bruxelles, 1848) par Eugène Simonis et de Charlemagne (Liège, 1863) par Louis Jéhotte, et enfin la célèbre figure de Brabo (Anvers, 1884-1887) par Jef Lambeaux. Brabo, fondateur légendaire de la ville d’Anvers, ou Antwerpen, aurait coupé et jeté à l’eau la main d’un géant, donnant ainsi son nom à la ville portuaire («handwerpen signifiant jeter la main).

Quant à Joseph Geefs, il consacra ses œuvres à des thèmes classiques. Guillaume II, roi néerlandais amateur d’art, acheta sa sculpture originale appelée Le Génie du Mal et datée de 1843. Les grandes ailes de chauve-souris du mauvais génie atténuent le froid classicisme du jeune homme assis et donnent à la statue une expression plus romantique. Charles-Auguste Fraikin est un digne représentant de ce même courant, qui délaissa les principes rigoureux du néoclassicisme tout en restant fidèle aux thèmes classiques. Fraikin était techniquement très doué, comme en témoigne son Triomphe de Bacchus (1868). Les nombreux détails naturalistes — les grappes de raisin, les feuilles de vigne ou les instruments de musique — semblent avoir été sculptés dans le marbre avec aisance. Le thème classique de la bacchanale, illustré ici au moyen d’enfants, est représenté avec une grâce touchante.

Après 1850, un style plus expressif encore se substitua au romantisme bourgeois. Le bronze devint le matériau favori des sculpteurs de Belgique. Lambeaux peut être considéré comme le chef de file de cette tendance la liberté du modelé accentue la force des émotions et des gestes qui caractérisent ses compositions. La Folle Chanson de 1884 exprime bien le contraste qui oppose la bacchante élancée et le lourd satyre enivré, pris de fou rire.

L’historicisme

Au xixe siècle, les mouvements internationaux de style historicisant dominaient la sculpture, mais les Pays-Bas et la Belgique n’y jouèrent qu’un rôle relativement modeste. Les rares créations originales apparurent dans deux autres domaines, l’ébénisterie et l’orfèvrerie. Les premières œuvres néogothiques répondaient à des commandes de l’Église. Grand pionnier de ce style, l’architecte Pieter Cuypers restaura un grand nombre de lieux de culte catholiques et construisit des bâtiments profanes remettant au goût du jour les styles médiévaux. En choisissant ses modèles en dehors des frontières, il se référait directement à des personnalités influentes, tels Viollet-le-Duc, architecte et théoricien français, ou l’Anglais Augustus Welby Pugin. L’armoire à musique peinte en 1858-1859 qu’il destinait à sa propre demeure s’inspirait à la fois du gothique français et du modernisme anglais. Le projet imitait une armoire gothique de Noyon et des meubles médiévaux que Viollet-le-Duc avait fait connaître en 1858 dans son Dictionnaire raisonné du mobilier français. À cette époque, la mode anglaise faisait appel au style médiéval pour le décor peint des meubles profanes. William Burges créait et colorait son premier meuble au moment même où Cuypers réalisait son armoire à musique. Cuypers s’était associé à l’entrepreneur Stolzenberg et dirigeait avec lui, à Roermond, un grand atelier produisant les objets d’art religieux qui prenaient place dans les nombreuses églises catholiques construites après 1850.

Le style néogothique avait toutefois fait son apparition dans un environnement profane dix ans auparavant. Le roi Guillaume II, qui en était féru, avait appris à l’apprécier pendant ses études à Oxford. Il conçut lui-même la salle gothique de l’ancien palais du Kneuterdijk à La Haye (1840-1842), prenant pour modèle le hall de la Christ Church College d’Oxford. Le roi possédait également l’ambitieux argentier réalisé en 1844 par Jan Adolf Hillebrand, alors âgé de vingt-cinq ans. Guillaume II avait acheté ce meuble qui démontrait toute la virtuosité du maître à l’exposition frisonne de Leeuwarden.

L’ébéniste de Rotterdam Johan Diedrich Schmidt et son frère sculpteur Cord Heinrich Schmidt fabriquèrent vers 1865 un ensemble de meubles de style néo-rococo. L’armoire vitrée qui en fait partie est une adaptation d’un secrétaire allemand du xviiie siècle. La carte de visite de Cord Heinrich est intéressante sur le papier qui mentionne les interventions proposées, son nom est entouré de décorations provenant de quatre styles différents (gothique, Renaissance, grec et rocaille). Héritier d’une période éclectique, il passait aisément des rinceaux d’acanthe aux rocailles et aux ogives.

En 1850, le plus grand maître en argenterie était Johannes Mattheus Van Kempen. D’abord installé à Utrecht puis à Voorschoten, il fut l’un des premiers artistes en Europe à travailler l’or et l’argent de manière industrielle. Il utilisait des machines à vapeur pour le traitement de l’argent et effectuait de façon mécanique une partie du travail de gravure. Son candélabre de 1864 reflète clairement l’influence anglaise. Les motifs rustiques utilisés, et notamment l’enroulement des ceps de vigne, en témoignent. À l’exposition universelle de Londres, à laquelle Van Kempen participa en 1851, ce type d’argenterie naturaliste était surtout représenté par les maîtres britanniques. Ce candélabre fait écho au naturalisme des argenteries rococo fabriquées un siècle plus tôt à La Haye, et la présence d’un pied portant un cartouche en rocaille n’est pas fortuite.

 L’Art nouveau

Dès les années 1880 se manifesta un style qui rompait délibérément avec l’éclectisme du xixe tout en annonçant le xxe siècle. Toutefois, l’Art nouveau prit des formes tout à fait différentes en Belgique et aux Pays-Bas. D’une manière générale, en Belgique, le nouveau style floral et gracieux s’apparentait à son homologue français, tandis qu’une variante rigoureuse et structurée, proche du Jugendstil austro-allemand, se développait dans les provinces septentrionales. Malgré ces divergences formelles, les deux pays apportèrent de très originales contributions à l’Art nouveau autour de 1900 et les réalisations gagnèrent en qualité. Cette période se caractérise, au Nord comme au Sud, par un épanouissement extraordinaire des arts appliqués. Enfin, ce nouveau mouvement artistique, qui s’intéressait ouvertement aux idées sociales ainsi qu’aux idéaux socialistes, pouvait passer pour révolutionnaire, même si la grande majorité des œuvres était encore destinée à la riche bourgeoisie.

En Belgique, Victor Horta fut l’un des principaux fondateurs de l’Art nouveau et un architecte très productif. Suivant les nouveaux préceptes, le mouvement recommandait une approche englobant tous les arts. Horta consacra ainsi une partie de son temps à dessiner toutes sortes d’objets et de motifs décoratifs dont le style floral marqua la naissance de l’Art nouveau en Europe. L’hôtel Tassel constitue le premier exemple de cet art intégral, où se mêlent harmonieusement éléments constructifs et ornementaux, tous faisant appel au métal. L’usage du fer et du verre fabriqués de manière industrielle avait bouleversé depuis peu le domaine de la construction et de l’aménagement intérieur.

L’artiste polyvalent Philippe Wolfers joua également un rôle fondamental dans l’essor du style floral en Belgique. Orfèvre de formation, il créa des ornements dans le style du Français Émile Gallé et réalisa des sculptures en céramique. Il est par exemple l’auteur du pot de fleurs exécuté par la fabrique de céramique d’Émile Müller à Ivry. La forme du pot, ondulé comme une fleur, s’orne d’orchidées épanouies. Certains céramistes développèrent un style floral plus abstrait, tels Arthur Craco et Willy Finch. Ce dernier, qui était aussi peintre, expérimenta des vernis de couleurs différentes dans ses toutes premières céramiques. Quand il s’installa à Forges, près de Chimay, en 1895, Finch fut fortement impressionné par la poterie paysanne de la région. S’inspirant de ces modèles traditionnels, il réalisa des œuvres plus simples, mais donna aux formes rustiques une expression inédite qui n’est pas sans rappeler la céramique japonaise alors très prisée.

L’intérêt porté à la courbe, si caractéristique de l’Art nouveau en Belgique, a été vigoureusement réaffirmé par Henry Van de Velde. Lorsque l’architecte aux talents multiples affirmait la ligne est une force, il sous-entendait qu’elle était pour lui une force naturelle et élémentaire. Depuis 1891, Van de Velde croyait au jeu dynamographique de la ligne et l’appliquait à ses créations textiles comme à ses meubles. Plus encore que chez Horta ou d’autres artistes de la même époque, les lignes de Van de Velde se situent entre structure et décoration. Le bureau qu’il réalisa pour la Sécession de Munich (1899) en est une bonne illustration. Ce meuble est structuré par des mouvements ondulants tandis que le revêtement lui donne des accents subtils mais riches de tension. Van de Velde, qui fréquentait assidûment les milieux internationaux, recevait bien plus de commandes en provenance de l’étranger que de son propre pays.

Le sculpteur Charles Van der Stappen réalisa en 1898 un buste de sphinx en marbre. Cette figure, également coulée en bronze et reproduite en ivoire, peut être considérée comme l’une des rares statues Art nouveau. Le thème mystérieux du sphinx était populaire chez les peintres symbolistes mais rarement représenté par les sculpteurs. L’utilisation de l’ivoire était largement répandue en Belgique autour de 1900 car cette matière pouvait être importée en quantité du Congo, possession du roi Léopold II puis colonie belge.

Les œuvres sculptées de George Minne sont aussi marquées par la double influence de l’Art nouveau et du symbolisme. Les plus connues d’entre elles, y compris celles qui ont été conçues pour sa Fontaine aux agenouillés, présentent des figures de jeunes hommes nus, longilignes et repliés sur eux-mêmes. Le contraste entre les attitudes sobres, presque géométriques, des personnages et les surfaces fluides de la pierre offre des effets décoratifs extraordinaires.

Autour de 1900, des sculpteurs manifestèrent une nouvelle sensibilité aux questions sociales. Elle se développa surtout dans les travaux de Constantin Meunier et Rik Wouters. L’œuvre de Meunier est en grande partie consacrée à la classe ouvrière. Son style sobre se caractérise par des lignes simples et des masses qui laissent apparaître de grandes surfaces. L’imposante figure du Puddleur, exécutée en 1884, avait été prévue pour le monument au travail qui ne fut érigé à Bruxelles qu’après sa mort. Rik Wouters recourait à un modelé libre et robuste qui rappelle la manière de Rodin et restait attaché aux thèmes de la vie quotidienne. Il fit ainsi poser sa propre épouse pour réaliser la figure des Soucis domestiques (1913). Wouters mourut prématurément aux Pays-Bas, où il s’était réfugié durant la guerre il avait trente-quatre ans.

À la fin du xixe siècle, l’artisanat néerlandais connut un renouveau qui toucha d’abord la céramique. La décoration s’inspirait des arts de l’Extrême-Orient, et en particulier de Java qui était alors une colonie des Pays-Bas. Le pionnier en la matière fut Colenbrander. Ses ornements abstraits et très colorés, exploités par la fabrique de céramique Rozenburg à La Haye, témoignaient d’une grande originalité. Il parvint à réunir en un tout harmonieux des motifs naturels, fantaisistes et exotiques issus des tendances pseudo-islamiques et javanaises. Sa garniture de vases, le monumental Jour et Nuit (1885), est un modèle isolé qui annonce l’Art nouveau néerlandais.

La fabrique Rozenburg connut une renommée internationale après l’apparition d’un nouveau produit obtenu par coulage une porcelaine très fine appelée coquille d’œuf qui fut lancée en 1900 à l’Exposition universelle de Paris. Le procédé, mis au point par Jurriaan Kok, permettait d’obtenir des formes anguleuses et carrées. Ces objets graciles étaient peints de façon asymétrique et s’inspiraient souvent des exemples japonais.

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