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Association fondée en 2002 pour l'étude et la conservation de la sculpture des anciens Pays-Bas

 

 

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Bref historique de :

La sculpture et des arts décoratifs du XVIe au début du XXe siècle

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LE XVIIIe SIÈCLE

La sculpture au XVIIIe siècle

Le style de Daniel Marot se retrouve couramment dans les milieux princiers et bourgeois jusque vers 1750. Les formes et les motifs initiés par le Français touchaient tout autant la décoration des maisons, des meubles ou de l’argenterie, que l’architecture des façades ou l’aménagement des jardins. La publication de gravures présentant ses multiples créations a certainement contribué à l’expansion et au succès de ce langage formel. Diederik II de Leyde, un aristocrate soucieux de sa position sociale, adopta immédiatement ce style lorsqu’il fit réaménager sa maison sur le Rapenburg. Le sculpteur attaché à la cour de La Haye Jan Baptist Xavery et le peintre amstellodamois Jacob de Wit transformèrent complètement la grande salle de cette résidence entre 1730 et 1743 et lui donnèrent un aspect princier le plafond peint et les tapisseries de Bruxelles ont malheureusement disparu en 1905 mais l’imposante cheminée sculptée par Xavery en 1739 a été conservée. Xavery avait conçu une cheminée à la française encadrée de deux figures sculptées représentant un berger et une bergère. Jamais intérieur néerlandais n’avait connu une composition aussi riche. Les personnages, issus d’une thématique pastorale, s’harmonisent avec la scène du médaillon central qui reprend un récit d’Ovide, l’histoire de Pâris et Œnone. L’énorme palmette située sous le relief témoigne, par son asymétrie, des premières apparitions du rococo. Xavery était l’un des précurseurs de ce style mais sa mort prématurée, trois ans après l’achèvement de la cheminée, l’empêcha d’adopter toutes les formules du nouveau style français.

Xavery, qui était le plus talentueux et le plus éclectique des sculpteurs de sa génération, réalisa des monuments funéraires, des portraits et des statuettes. Le portrait en terre cuite qu’il fit en 1739 du peintre Balthasar Denner, bien qu’informel, peut être comparé aux meilleurs exemples français de l’époque. Xavery était très sollicité. L’ambassadeur du Portugal à La Haye, Don Luis da Cunha — un amateur et collectionneur d’art renommé —, lui fit faire son portrait avant de prendre ses nouvelles fonctions à Paris, en 1737. Le diplomate, alors âgé de soixante-quinze ans, présente un visage marqué dont les rides se prolongent en lignes élégantes dans les boucles de sa perruque. Ce portrait distingué et formel est considéré comme l’une des plus belles réussites néerlandaises.

Tandis que Xavery représentait la sculpture princière à La Haye, le style de Marot trouvait des prolongements à Amsterdam grâce aux œuvres d’Ignatius Van Logteren et de son fils Jan. Le grand vase de marbre exécuté en 1737 par le jeune Van Logteren, encore proche des modèles de Marot, est décoré sur son pourtour de couples d’amoureux mythologiques. Père et fils se consacrèrent à la sculpture des jardins comme à la décoration des façades — celle des riches maisons de l’aristocratie amstellodamoise en particulier — et travaillèrent le stuc à grande échelle.

À Utrecht, la sculpture était dominée par Jacob Cressant, un artiste originaire d’Abbeville qui s’installa aux Pays-Bas au début du xviiie siècle. Il demeura à Utrecht jusqu’en 1743, travailla ensuite à Amsterdam puis gagna Paris en 1752, où il fut nommé professeur adjoint de l’académie de Saint-Luc. Lorsqu’il arriva à Utrecht, David Van Mollem, un riche fabricant de soie, le prit sous sa protection. Cressant créa des statues et des vases pour le jardin d’agrément de son protecteur, le Zijdebalen, un lieu fort connu à l’époque. Il réalisa aussi le buste de son mécène dans un style expressif qui le rattache aux exemples français. Cressant saisit avec précision la physionomie du fabricant et souligne d’un trait ferme le léger froncement des sourcils ou le pincement des lèvres.

Comme au xviie siècle, les sculpteurs des Pays-Bas méridionaux étaient les maîtres incontestés de ce domaine et leurs œuvres jouèrent un rôle essentiel dans les provinces septentrionales. Les grands ateliers de Flandre et du Brabant continuaient à former des artistes talentueux qui se dispersaient ensuite à travers toute l’Europe. Xavery avait été formé chez Michiel Van der Voort tout comme Michael Rysbrack qui, par la suite, fit fureur en Angleterre. À Anvers, les sculpteurs Artus II Quellin, Pieter Scheemaeckers, Pieter Verbrugghen et Willem Kerricx travaillaient principalement au service de l’Église. Les commandes religieuses concernaient des chaires et des confessionnaux sculptés, des grilles de chœur, des bancs de communion, des autels et des monuments funéraires. Le style en vigueur était un baroque tardif, élégant mais surchargé, où il était courant de mêler des éléments locaux et des motifs italiens pour mettre en scène des tableaux allégoriques. Le monument funéraire réalisé par Pieter Scheemaeckers pour la famille Van Delft, à Anvers, est caractéristique de ce style, bien qu’il ait été créé avant la fin du xviie siècle. C’est un monument suspendu où se joue, grâce aux finesses baroques inspirées par le Bernin, une scène théâtrale dramatique Chronos écarte un rideau et l’homme se trouve confronté à son sort. Tandis que la Mort, sous la forme de squelette, s’agrippe à lui, l’homme tourne son regard vers le ciel, vers son salut. Ces allégories baroques, courantes aux Pays-Bas méridionaux, formaient les pendants des vanités, plus appréciées dans le Nord.

L’intérêt pour la sculpture décrut dans les deux pays après 1750. Au Sud, la décision prise par Marie-Thérèse de supprimer l’ordre des jésuites entraîna un recul du mécénat catholique et la destruction massive de mobilier d’église et de statues. Les possessions des jésuites furent dispersées dans les églises paroissiales des provinces méridionales. La sculpture ne connut guère de nouvel essor avant l’apparition du néoclassicisme, vers 1780.

Le rococo

À partir de 1740, la manière classique de Marot fut peu à peu supplantée par le rococo, introduit aux Pays-Bas par les ébénistes et les orfèvres et rapidement diffusé grâce aux recueils de gravures. Anti-classique par définition, ce style Louis XV se fondait sur des motifs asymétriques de coquilles et de rochers appelés rocailles. Il se manifesta principalement à La Haye. Centre du gouvernement, la ville abritait la cour du prince d’Orange Guillaume IV et accueillait nombre d’ambassadeurs et d’aristocrates qui constituaient une clientèle internationale sensible aux modes.

À cette époque, les modèles de meubles ne changèrent guère, mais leur décoration fut entièrement renouvelée par les sculpteurs. Les anciennes formes — lambrequins, bandes étroites et volutes — disparaissent au profit des couronnements, consoles, coquilles et rinceaux asymétriques. En témoigne l’armoire à porcelaine, un meuble apparu durant la première moitié du xviiie siècle et devenu typiquement néerlandais. Ce meuble aux formes générales encore robustes et légèrement vieillottes révèle déjà un assouplissement des lignes, qui se font sinueuses au niveau des portes. Le couronnement offre au regard une décoration fantaisiste inédite, mais l’armoire comporte un aspect hybride aux ornements rococo sculptés se mêlent les premiers éléments néoclassiques qui apparaissent dans le revêtement et les motifs de la partie inférieure.

La décoration naturaliste et asymétrique était devenue une règle pour les revêtements muraux. Le cuir doré, si prisé au xviie siècle, perdait du relief tandis que ses décorations peintes se développaient. Fait d’un assemblage de bandes de cuir doré, un paravent à trois panneaux datant des années 1770 est un bon exemple de cette asymétrie aérienne et colorée. Oiseaux et rinceaux de fleurs ondulent vers le haut de la paroi en une composition apparemment désordonnée. Les motifs ornant les tentures ou les papiers peints s’inspiraient le plus souvent des textiles français ou anglais.

L’argenterie reprit avec enthousiasme le naturalisme aéré du rococo. La bouilloire et les deux girandoles d’argent exécutées en 1769 par l’orfèvre argenteur de La Haye Gregorius Van der Toorn imitent des éléments naturels. La verseuse prend la forme d’une citrouille couverte de feuillage et repose sur des pieds figurant des branches où s’épanouit une feuille triangulaire. L’anse est composée de rameaux grimpants et le bec d’un morceau de tronc. Un même naturalisme se déploie sur un candélabre réalisé dix ans plus tard par Isacq Busard il se distingue par l’aplomb avec lequel les bras s’enroulent autour du tronc.

En ce qui concerne l’artisanat du verre, la principale innovation du xviiie siècle réside dans la gravure au diamant cet outil permettait d’inciser le verre par petits points et de tracer ainsi de subtiles représentations, visibles uniquement sous un éclairage approprié. Cette nouvelle technique, comparable à la manière noire en gravure, fut souvent utilisée au milieu du xviiie siècle car elle se prêtait tout particulièrement aux décorations les plus fines. Frans Greenwood, actif à Dordrecht, passe pour être l’inventeur de ce procédé. Les nuances de la gravure à points sont bien visibles sur une œuvre précoce de Greenwood, datée de 1722 un verre à vin orné d’un cheval bondissant. Willem Fortuyn — qui demeure peu connu — représenta de cette manière un couple de musiciens à la mode, entouré d’une bordure de rocaille. Il prit pour modèle une gravure de l’Allemand Nilson, l’un des plus importants ornemanistes de style rococo dans son pays. Comme au xviie siècle, la gravure sur verre restait généralement l’apanage d’amateurs talentueux.

Noble simplicité le néoclassicisme

Le philosophe haguenois Frans Hemsterhuis fit paraître en 1769 la Lettre sur la sculpture dans laquelle il définissait la beauté d’une sculpture selon deux critères la rapidité de l’œil à saisir visuellement une forme et le nombre d’idées qu’elle suscite. Implicitement, cette façon d’appréhender l’esthétique constituait un plaidoyer en faveur de formes pures et de contours simples. En cela Hemsterhuis — dont l’œuvre était connue jusqu’en Allemagne où elle fut remarquée par Goethe — peut être considéré comme l’un des premiers théoriciens du néoclassicisme. Il appartenait à un groupe d’intellectuels parmi lesquels figuraient le professeur en médecine Petrus Camper, les collectionneurs d’art Ploos Van Amstel, Pieter Van Damme, Theodoor de Smeth, Hendrik Fagel et Willem Bentinck Van Rhoon ainsi que le médailliste Johan Schepp. Ce milieu éclairé joua un rôle important dans la diffusion du néoclassicisme en sculpture. Camper suivit des leçons de modelage auprès du sculpteur français Étienne-Maurice Falconet, qui vivait alors à La Haye. Sa belle-fille, Marie-Anne Collot, également sculpteur, exécuta en 1781 un portrait du médecin qui semble être le premier portrait néoclassique des Pays-Bas. Camper est représenté à l’antique, sans perruque ni vêtement, à l’exemple du buste de Diderot réalisé par Houdon.

Mais le néoclassicisme ne devait pas connaître plus d’ampleur dans la sculpture néerlandaise. Aux Pays-Bas, la plupart des sculptures qui présentent une simplicité toute classique furent importées de l’étranger. Pour sa résidence néoclassique de Welgelegen près de Haarlem, le banquier Henry Hope commanda en 1781 douze statues de plomb chez Righetti, à Rome, et une cheminée d’après un modèle de Piranèse. Gilles-Lambert Godecharle, un sculpteur originaire des Pays-Bas méridionaux, fut également associé à ce projet. Il réalisa la sculpture de la façade et, pour l’intérieur, une copie de la célèbre statue antique du Louvre, la Vénus à la coquille. Godecharle était alors l’un des plus originaux sculpteurs des Pays-Bas il avait étudié à Paris puis à Berlin auprès de son compatriote Tassaert. Il travailla par la suite à Rome où il remporta en 1778 le premier prix de l’Accademia di San Luca. Son œuvre, qui mêlait au début le baroque flamand et le rococo français, évolua vers un néoclassicisme élégant et gracieux, évoquant parfois le style de Clodion. Les principales sculptures qu’il réalisa pour Bruxelles, sa ville natale, sont les statues et les reliefs du palais royal de Laeken ainsi que le fronton du palais de la Nation (1781-1784).

Le sculpteur néerlandais Willem Hendrik Van der Wall adopta le nouveau style classique à un âge déjà relativement avancé. La noble simplicité de sa Galatée (1782) en atteste avec brio la déesse marine, nue, est assise sur un dauphin elle forme avec l’animal une composition en croix qui met en valeur le gracieux contour de l’image.

Les fondements du néoclassicisme furent établis par des sculpteurs qui avaient bien connu la période rococo, mais le style fut totalement assimilé dans les Pays-Bas méridionaux par la génération suivante. Ils travaillèrent tous à Rome où deux maîtres se partageaient la scène artistique l’Italien Antonio Canova et le Danois Bertel Thorwaldsen. Parmi eux, Matthieu Kessels peut être considéré comme le plus important des sculpteurs néoclassiques. Il naquit à Maastricht et bénéficia d’une formation internationale il étudia d’abord l’orfèvrerie à Paris, Hambourg et Saint-Pétersbourg puis la sculpture à Rome, chez Thorwaldsen, à partir de 1817. Vers 1820, il s’établit comme sculpteur indépendant dans cette ville, où sa statue représentant un lanceur de disque remporta un franc succès deux ans plus tard. La figure en marbre fut achetée par le duc de Devonshire et prit place dans le château de Chatsworth à côté d’œuvres de Canova et de Thorwaldsen. Elle fut plusieurs fois reproduite en plâtre et coulée deux fois en bronze. Conformément à l’esprit de son temps, Kessels s’inspira d’une statue antique, mais modifia profondément la composition. Si le corps athlétique et nu reste fidèle aux principes du néoclassicisme, la figure, saisie au moment d’amorcer le lancer du disque, exprime une tension corporelle inédite.

À la même époque, d’autres Flamands séjournèrent à Rome Eugène Simonis, Jean-Louis Van Geel, Jean-Antoine Van der Ven et Louis Royer. Contrairement à Kessels qui resta à Rome jusqu’à sa mort, tous regagnèrent leur pays et contribuèrent à la diffusion des idéaux néoclassiques dans la sculpture.

Les architectes furent les premiers à utiliser le néoclassicisme à grande échelle, dans l’art de bâtir comme dans la décoration intérieure. L’influence de ce style se fit de manière plus diffuse dans l’artisanat. Différents objets antiques furent importés, parmi lesquels la faïence de Wedgwood, la porcelaine de Sèvres, les meubles en marqueterie ou les horloges en bronze doré venant de France. Leur esthétique à la grecque dut faire grande impression sur les artisans locaux. Au cours du xviiie siècle, les petites fabriques de porcelaine établies à Loosdrecht, La Haye et Weesp s’étaient intéressées à la porcelaine étrangère. En témoigne une pièce de choix réalisée à La Haye cette urne peinte vers 1780 sur une porcelaine importée de Tournai est de toute évidence inspirée par un modèle de Sèvres en bleu roi caillouté.

La position dominante de La Haye en matière d’argenterie rococo passa à la fin du xviiie siècle à Amsterdam pour l’argenterie néoclassique. Le maître argenteur le plus renommé n’était pas un Néerlandais, mais un Suédois, Johannes Schiotling. Il réalisa pour le marchand et banquier d’Amsterdam John Hope diverses pièces en argent et ses quelques terrines illustrent le meilleur du néoclassicisme amstellodamois les ornements ciselés, gravés et coulés accentuent la forme classique de l’objet. Alors que les orfèvres d’Amsterdam travaillaient pour la riche bourgeoisie, la clientèle de leurs confrères de La Haye provenait essentiellement de la noblesse. Engelbart Joosten fabriqua en 1772 deux terrines de style néoclassique pour Assueer Jan baron Torck et son épouse. Si les contours manquent encore de rigueur classique, les décorations se réfèrent directement à l’Antiquité. Une terrine appartient à un grand service dont les candélabres ont été entièrement réalisés en style rococo l’idée de faire coexister l’ancien et le nouveau style ne semblait donc poser aucun problème.

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