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Association fondée en 2002 pour l'étude et la conservation de la sculpture des anciens Pays-Bas

 

 

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Bref historique de :

La sculpture et des arts décoratifs du XVIe au début du XXe siècle

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Meubles baroques en Hollande et en Flandre

La formidable prospérité que connut Anvers au xvie siècle, puis la République au xviie siècle, entraîna des modifications dans l’aménagement des maisons. Les riches marchands d’Anvers et leurs homologues, les régents des cités hollandaises, comme la noblesse provinciale qui prenait exemple sur la cour d’Orange-Nassau à La Haye donnèrent le ton. Dans les tableaux du xviie siècle, qui exprimaient bien la richesse de ces habitations tout en l’exagérant quelque peu, il est frappant de constater une nouvelle unité de couleur et d’atmosphère. Cette recherche d’homogénéité qui fonde l’intérieur baroque européen se développa en France à partir de 1620. Pour l’atteindre aux Pays-Bas, il fallut peu à peu masquer les éléments constitutifs traditionnels ou plus précisément les intégrer en un même concept spatial où la couleur faisait le lien. Les intérieurs ont ainsi été organisés en suites et les différentes pièces harmonisées entre elles au moyen d’une couleur et d’une décoration unique.

En plus du mobilier et des objets usuels, un nombre croissant d’articles raffinés et de matériaux luxueux pénétrait dans les habitations, témoignant de la fortune et du bon goût de leurs propriétaires argenterie, verres gravés, sols de marbre, murs recouverts de tapisseries ou de cuir doré. L’importation de marchandises en provenance d’Orient augmenta considérablement au xviie siècle et celles-ci prirent également place dans les intérieurs néerlandais laques japonaises, porcelaines chinoises et japonaises, indiennes, tapis en laine de Turquie… Le pays ne concevait alors aucune décoration sans ces éléments exotiques et, dans certains cas, des chambres ont été entièrement aménagées à l’orientale.

À la même époque apparut un meuble encore inédit, servant à contenir et à exposer les collections d’objets d’art ou de curiosités. Le premier modèle est attesté à Anvers aux environs de 1625. Ce cabinet qui possède une structure rigoureuse, conforme aux règles classiques, est ouvert sur sa partie supérieure. Il est orné de marqueterie et de nombreux motifs sculptés — parmi lesquels des vertus féminines personnifiées et des rinceaux d’acanthe. Pour les décors, les artisans se sont inspirés des gravures de Vredeman de Vries parues en 1583 et réédités en 1630. À Anvers, ces cabinets d’art connurent une grande vogue et de nombreux ateliers se spécialisèrent dans la fabrication de meubles de petite taille munis de portes dissimulant des tiroirs et des niches destinés à abriter des collections de bijoux. Les portes et les tiroirs étaient souvent pourvus de peintures, de ferrures d’argent, voire d’incrustations de bois précieux ou d’écaille. La partie médiane pouvait accueillir une œuvre de valeur, un gobelet d’argent ou une statuette en ivoire.

Les meubles flamands ou hollandais du xviie siècle se distinguent par leurs riches incrustations de bois exotiques, d’écaille ou de nacre mais aussi de pierres, de laques japonaises ou de miroirs. Ce dernier matériau fut utilisé pour un cabinet d’art hollandais aux formes extérieures sobres mais qui, une fois ouvert, dévoile une étonnante décoration les tiroirs sont parés de miroirs sur lesquels ont été gravées des marines tandis que des compartiments secrets se cachent derrière une perspective visuelle.

Dirck Van Rijswijck, actif à Amsterdam vers 1650, était spécialisé dans les travaux d’incrustation. Il réalisa ainsi de petites peintures représentant des fleurs et des insectes sur fond de jaspe noir, incrusté de nacre aux teintes nuancées. Van Rijswijck était si renommé à son époque que les guides recommandaient aux voyageurs de visiter son atelier. Sa plus belle réalisation fut sans doute le plateau d’une table octogonale que l’artiste semble avoir gardé en sa possession. L’objet était tenu en grande estime et Vondel consacra un poème à cette table de festin pour les dieux.

L’influence française s’accrut dans l’art du meuble à la fin du xviie siècle. Le fabricant de buffets Jan Van Mekeren s’inspira des marqueteries d’André-Charles Boulle et de son prédécesseur néerlandais Pierre Gole. L’un des buffets attribués à Van Mekeren est orné d’une somptueuse marqueterie florale. Les portes représentent deux grandes natures mortes de fleurs, formées par des incrustations de bois aux essences et aux couleurs les plus variées.

À la fin du xviie siècle, un autre modèle de meuble connut une grande vogue parmi les dames fortunées du pays le buffet transformé en maison miniature. Ces maisons de poupée, garnies de mobilier et d’ustensiles ménagers souvent fabriqués sur commande, constituent l’un des rares exemples du mécénat féminin et peuvent être considérées comme les pendants des cabinets d’art, traditionnellement réservés aux hommes. La maison de poupée de Petronella Oortmans, épouse d’un négociant et collectionneuse d’art, était déjà une curiosité à son époque. Elle est pour nous d’une grande valeur documentaire et permet de mieux connaître l’art de la décoration intérieure au xviie siècle. Il en va de même pour la maison de poupée de Sara Rothé, créée en 1743, mais qui fait encore appel à des éléments du siècle précédent. Aménagée dans une armoire à linge traditionnelle, elle ne dévoile son véritable usage qu’au moment où les portes sont ouvertes. Elle fonctionnait comme une boîte à images lorsqu’elle était exposée aux regards, mais devait aussi symboliser la propreté et le ménage bien tenu. Sara Rothé a soigneusement noté dans un carnet les noms de ceux qui vendaient l’équipement miniature de la maison comme de ceux qui le fabriquaient. Cette maison permet ainsi de mieux connaître l’habitat baroque de la bourgeoisie hollandaise, tout en offrant de précieux renseignements sur la constitution d’une telle collection. 

Aspects classiques et baroques dans la sculpture

Après la mort de Hendrick de Keyser, en 1621, la sculpture des Pays-Bas septentrionaux ne progressa guère. Son meilleur disciple, l’Anglais Nicholas Stone, avait regagné sa patrie en 1614, et son fils Pieter préféra opter pour la profession de marchand et d’entrepreneur dans la pierre. À cette époque, les principales évolutions eurent lieu dans les Pays-Bas méridionaux, où le marché de la sculpture restait florissant. Du xviie au xixe siècle en effet, la Flandre forma des sculpteurs talentueux qui furent également réputés dans la République.

La haute qualité de la sculpture des provinces méridionales, de 1625 à 1650, est liée à deux artistes majeurs, le peintre Rubens et le sculpteur François Duquesnoy. Le premier rassembla autour de lui plusieurs sculpteurs qui fabriquaient, entre autres, de petits objets («Kleinplastik) d’ivoire et de bois d’après ses propres modèles. Georg Petel, sculpteur du Sud de l’Allemagne, fabriqua en 1628 une salière d’ivoire représentant le triomphe de Vénus, une œuvre dont Rubens avait dessiné le projet. Cette salière qui faisait partie de l’héritage de Rubens fut achetée en 1649 par la reine Christine de Suède.

Le sculpteur malinois Lucas Fayd’herbe travailla entre 1636 et 1640 dans l’atelier de Rubens et réalisa en ivoire et en terre cuite des modèles imaginés par le maître. De cette période date la statue en terre cuite représentant un putto enfourchant un dauphin qui, par sa dynamique et son modelé arrondi et chaleureux, rappelle sans hésitation le style baroque de Rubens. Les œuvres monumentales de Fayd’herbe attestent de cette même influence. Le mausolée réalisé pour l’archevêque Creusen à la cathédrale de Malines est un bon exemple de la sculpture baroque flamande. Au centre, le prélat en prière est agenouillé devant une apparition flottante et élégante du Christ Sauveur. Derrière lui est représenté Chronos, accompagné d’un putto qui semble le fuir. Cette allégorie baroque se trouve devant un écran de marbre noir et blanc, formé de trois parties et disposé entre deux piliers du déambulatoire.

Le concept de ce tombeau revient à Jérôme Duquesnoy le Jeune, qui avait déjà réalisé celui de l’évêque Antonius Triest, à Gand. Beaucoup plus classique, la facture ne s’appuie guère sur des aspects dynamiques et dramatiques. Jérôme Duquesnoy fut moins influencé par Rubens que par le style de son célèbre frère François Duquesnoy qui travaillait à Rome et se posait en rival du Bernin.

Après avoir séjourné à Rome en 1643, Jérôme devint sculpteur à la cour de Bruxelles où il fit connaître le style classicisant de son frère. Cette influence transparaît dans la retenue du portrait de l’évêque Antonius Triest. Pour la première fois aux Pays-Bas, se manifesta le style novateur du baroque romain issu des œuvres du Bernin, Algardi et Duquesnoy le visage du prélat est traité avec réalisme et son manteau prend des formes stylisées et sobres.

Un autre sculpteur originaire des Pays-Bas méridionaux qui séjourna et se forma lui aussi à Rome allait introduire l’art du portrait dans la République François Dieussart. Le comte d’Arundel fit appel à lui alors qu’il travaillait encore en Italie et le ramena à Londres où ses portraits connurent, grâce à leur réalisme et à leur sobriété, un franc succès à la cour. En 1641, il s’établit à La Haye pour travailler au service du prince d’Orange, le stadhouder Frédéric-Henri. La principale œuvre qu’il réalisa pendant ces années fut le tombeau aux allures dramatiques de Charles Morgan à Bergen op Zoom. Ce monument mural possède un caractère théâtral inédit grâce à la niche où sont rassemblés la fille du défunt et ses enfants figurés en pied. L’audace du projet n’aurait pas été imaginable avant le séjour de Dieussart à Rome, où ces effets spectaculaires étaient fréquemment expérimentés en sculpture. Dieussart travailla en 1643-1644 à la cour de Copenhague, avant de retourner à La Haye et d’entrer finalement au service de l’électeur de Berlin. Artiste de cour, il fut souvent sollicité dans le Nord pour réaliser des portraits sculptés.

Gabriel Grupello, fils d’un officier italien et de mère flamande, connut également une carrière internationale. Formé auprès de Quellin à Anvers et à Amsterdam, il travailla à Paris, puis entra en 1688 au service du roi Charles II d’Espagne à Bruxelles. Il fut sculpteur à la cour de Düsseldorf auprès de l’électeur jusqu’en 1716, puis à nouveau à Bruxelles pour l’empereur Charles VI. Son œuvre marque la transition qui s’opérait dans la sculpture entre le lourd style baroque flamand et le langage formel, plus élégant, d’influence française. À l’âge de trente ans, il sculpta pour la guilde des poissonniers de Bruxelles une fontaine murale représentant les divinités de la mer. Le dynamisme exprimé avec virtuosité dans cette sculpture montre la connaissance que Grupello avait des fontaines de Versailles. La niche de marbre noir en forme de grotte dans laquelle prenait place, à l’origine, cette fontaine, devait renforcer le caractère illusionniste de l’ensemble.

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