Bref historique de :
La sculpture et des arts décoratifs du XVIe au début du XXe siècle
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LE
XVIIe SIÈCLE
L’essor d’Amsterdam et des villes du Nord
À
Amsterdam
et
dans les différentes villes septentrionales, le climat artistique
s’améliora sensiblement à partir de 1600, une fois la menace espagnole
écartée. L’arrivée de nombreux artistes talentueux fuyant la Flandre
— à la recherche d’un climat religieux plus tolérant et d’une
meilleure situation économique — et les liens entretenus avec les
centres artistiques étrangers, en particulier avec l’empereur Rodolphe II
et la cour de Prague, influencèrent les styles, les techniques et les
thèmes de l’art néerlandais. Bien que le rôle de la sculpture fût
controversé après la Réforme et qu’aucune statue ne trouvât place dans
les églises protestantes, le gouvernement des Provinces-Unies reprit
cet art à son compte pour diffuser ses idéaux républicains.
L’Amstellodamois Hendrick de Keyser était alors l’un des sculpteurs
les plus en vue de la république. Cet artiste aux multiples talents
fut à l’origine de plusieurs innovations artistiques pour remplacer
l’albâtre traditionnel, il introduisit aux Pays-Bas le marbre de
Carrare et fut le premier à réaliser des statues monumentales en
bronze.
Le
portrait en buste qu’il fit du négociant en vins Vincent Coster, en
1608, est la première œuvre en marbre de Carrare réalisée sous la
république. De Keyser le figura sous l’aspect d’un Romain en toge.
Cette manière inédite de se faire représenter témoigne du prestige
grandissant de la bourgeoisie, puisque les portraits en buste étaient
jusque-là réservés aux princes et à la noblesse. La statue marie le
réalisme du visage, tourné légèrement sur le côté, l’allure classique
du vêtement et le choix du matériau. L’élément marquant la transition
entre le socle et le buste — un masque fantaisiste à la forme étrange —
est typique du maniérisme hollandais.
À
partir de 1614, de Keyser conçut deux sculptures qui allaient devenir
les plus originales d’Europe. Il réalisa pour la ville de Rotterdam
une figure monumentale d’Érasme. C’est l’une des premières statues
publiques en Europe qui représentent un savant dans une pose tout à
fait inédite Érasme marche en lisant. Le modelé traité à grands traits
met en relief la modernité des formes et du sujet qui confère à ce
portrait un caractère intemporel.
Au
même moment intervenait la plus prestigieuse commande de la République
durant la première moitié du
xviie siècle le mausolée de Guillaume d’Orange, édifié à Delft.
Répondant à la demande des états généraux, la puissance souveraine de
la République, ce monument rend hommage au premier héros national et
démontre tout à la fois le pouvoir de la jeune nation. Le mausolée
conçu par de Keyser, et terminé en 1622 par son fils Pieter, suit à
première vue les modèles étrangers et princiers, mais son iconographie
diffère de ses prédécesseurs. Le sculpteur a emprunté la forme
générale au tombeau de Henri II et Catherine de Médicis à Saint-Denis
un baldaquin de marbre orné à ses angles des vertus personnifiées, et
sous lequel est étendu le corps du prince défunt. Mais l’artiste a
donné à cette œuvre un caractère protestant et républicain en
recourant à quatre personnages féminins — Libertas, Justitia, Religio
et Fortitudo — symboles des vertus et des principes politiques du
pays.
Le
prince défunt, Guillaume d’Orange, a été immortalisé à deux reprises
en marbre, simplement étendu sur un matelas de paille comme s’il
venait de rendre son dernier soupir et en bronze, assis en général
triomphant. Cette dernière image diverge de la tradition funéraire
catholique où les princes étaient habituellement représentés en prière.
La situation du monument dans l’édifice religieux appartient à la
tradition protestante le mausolée est édifié dans le chœur de l’église,
précisément où s’élevait le maître-autel avant la Réforme.
De la majolique à la porcelaine hollandaise
Le
vocabulaire
introduit par de Keyser dans la sculpture septentrionale se diffusa
dans les différentes formes d’art au cours des premières décennies du
xviie siècle. Les
producteurs de majolique originaires d’Anvers qui s’étaient établis
dans les villes du Nord durant la deuxième moitié du
xvie siècle bénéficièrent
de la prospérité croissante de la République. Mais alors que la
majolique hollandaise connaissait un grand épanouissement entre 1600
et 1640, elle disparaissait lentement à Anvers. En Hollande, les
premières productions imitaient encore la tradition italo-anversoise
et s’ornaient d’agréables décorations de grenades et de grappes de
raisins peintes en plusieurs couleurs. Ces majoliques, souvent
dessinées avec liberté et légèreté, se conformaient au stile
compendiario développé par les Italiens pendant la deuxième moitié du
xvie siècle. L’atelier de
Willem Jansz. Verstraeten à Haarlem approchait parfois de très près
ces modèles, comme en témoigne un groupe de petits plats aux lobes
ornés de grotesques, de couleur ocre sur un fond blanc, empruntés à
l’œuvre d’Orazio Fontana d’Urbino. Une telle spécialisation s’explique
par la concurrence croissante entre les artisans de majolique. Pour se
faire reconnaître, ils étaient tenus de choisir des formes et des
décorations spécifiques, et d’élargir leurs activités.
La
prospérité de cet artisanat s’arrêta brusquement lorsque les
Néerlandais se mirent à importer la porcelaine de Chine en quantité.
La porcelaine caraque était plus dure et plus fine que la majolique
locale, et bien plus exotique, avec sa décoration bleue sur fond blanc
qui faisait appel à toutes sortes de symboles et de thèmes orientaux.
Ainsi apparut sur le marché cette rivale redoutable qui obligea une
partie des artisans de majolique à se reconvertir dans la simple
poterie ou le domaine des carreaux notamment. D’autres maîtres
cherchèrent à concurrencer la porcelaine en apportant des
améliorations techniques et artistiques à leurs produits. En
sélectionnant mieux leur argile, ils pouvaient fabriquer une majolique
plus fine pour les décorations, ils reprirent la couleur bleue sur
fond blanc avant d’adopter en partie ou en totalité les motifs de la
porcelaine chinoise. Le résultat fut appelé porcelaine hollandaise («Hollantsch
porceleyn). Cette évolution, sensible entre 1625 et 1640, se fit
principalement à Haarlem et à Delft. Le nouveau produit, connu sous le
nom de faïence de Delft, put ainsi soutenir la concurrence de la
porcelaine orientale. Il connut même un nouvel essor à Delft après
1650. Lorsque la ville devint le principal centre européen de la
céramique de luxe, vers 1680-1700, elle comptait plus de vingt
entreprises qui fournissaient des clients à travers tout le continent.
Les artisans de Delft savaient parfaitement imiter la porcelaine
chinoise, mais produisaient aussi un grand nombre d’objets peints de
style occidental en reprenant la palette orientale bleu et blanc. Le
plat réalisé par la fabrique De Paauw à Delft, dont le diamètre excède
cinquante centimètres, témoigne du haut niveau technique atteint par
les fabricants hollandais de porcelaine.
Le kwabstijl: style des ornements auriculaires
L’orfèvrerie
hollandaise
du
xviie siècle prolongea et
chercha à surpasser la qualité atteinte à Anvers au siècle précédent.
L’accent fut d’abord mis sur les ornements coulés mais, peu après
1600, le repoussage de l’argent prit le dessus. Les orfèvres
hollandais mirent alors au point un style bien à eux, baptisé
kwabstijl, dont les formes organiques et fluides s’adaptaient
parfaitement à la technique du repoussé. Les frères Paulus et Adam Van
Vianen, orfèvres d’Utrecht, semblent avoir créé la décoration
auriculaire («kwab), à laquelle on a donné au
xviie siècle le nom de
drôleries («snakerÿen). Tandis que Paulus travaillait au service de
l’empereur Rodolphe II, Adam était établi à Utrecht. Adam réalisa à la
mémoire de son frère, mort à Prague en 1613, une aiguière d’argent qui
constitue un chef-d’œuvre de la décoration kwab. Cette commande
exceptionnelle témoigne de la haute considération dont Paulus Van
Vianen jouissait dans son pays d’origine et de la fierté nationale des
orfèvres hollandais. Les travaux des deux frères se complétaient
Paulus était renommé pour ses reliefs en argent ciselé Adam savait
fabriquer un objet en métal d’un seul tenant. L’aiguière en argent est
faite ainsi. Ses différentes parties se fondent et certains éléments
figuratifs, parmi lesquels l’anse formée par les cheveux d’une femme
courbée en avant, sont à peine reconnaissables. Cette aiguière, déjà
très connue à l’époque, était souvent représentée sur les tableaux et
citée dans les descriptions.
Le
kwabstijl se développa chez les orfèvres hollandais à partir des
années 1620 et atteignit son apogée vers 1650. Johannes Lutma, orfèvre
amstellodamois, fut un digne héritier des Van Vianen. Ses quatre
salières de 1639 reposent toutes sur un pied au motif excentrique un
putto à califourchon sur un dauphin. La coupe que le putto tient au-dessus
de sa tête ressemble à un coquillage, mais constitue un ornement
abstrait et imaginaire, issu du kwabstijl. Cette veine est encore plus
manifeste dans une coupe que Lutma réalisa deux ans plus tard. Elle
évoque dans ses formes une gueule grande ouverte sur le bord supérieur
une sorte de reptile semble vouloir boire à la coupe. La décoration
kwab prend l’aspect d’un être monstrueux et fantasmatique. Le fait que
Lutma ait signé l’objet de son nom, au lieu d’y apposer simplement son
poinçon d’orfèvre, confirme qu’il le considérait comme une œuvre
d’art, une véritable sculpture en argent.
Cet
ornement rapproche Lutma du monde d’Arent Van Bolten, un sculpteur et
orfèvre de Zwolle quelque peu énigmatique qui a laissé un album de
dessins comprenant une multitude d’animaux fantastiques (British
Museum, Londres). C’est pourquoi on lui attribue quelques statuettes
de bronze représentant ce même type d’êtres grotesques, juchés sur de
hautes pattes.
Lorsque le kwabstijl atteignit son apogée, vers 1650, il avait aussi
touché d’autres domaines artistiques les meubles aux ornements
étranges, les moulages en cuivre jaune et même le cuir doré. Parmi les
exemples monumentaux, citons la grille du chœur de la Nieuwe Kerk
d’Amsterdam et le candélabre que le fondeur de cuivre Joost Gerritsz.
exécuta vers 1640 pour la Compagnie des Indes orientales. Commandé
pour être offert au shogun, le candélabre fut envoyé au Japon puis
dressé dans un sanctuaire de Nikko où il fut très admiré. Lutma créa
la grille de la Nieuwe Kerk dont l’intérieur avait été partiellement
endommagé par le feu après 1645. Cette grille se compose d’une rangée
de colonnes de cuivre jaune reliées entre elles par des motifs
rappelant le kwabstijl.
La
fabrication du cuir doré appartient à un artisanat qui s’épanouit dans
les Pays-Bas septentrionaux au cours du
xviie siècle. Le cuir
ainsi traité servait de tentures murales venant décorer les luxueux
intérieurs des maisons. Les premiers maîtres de cet art, Hans le Maire
et Jacob Frijberger, empruntèrent également leurs ornements au
kwabstijl. À l’inverse de la technique espagnole et flamande, les
Néerlandais imprimaient les motifs sur les peaux de veau avant de les
peindre et de les dorer. Aussi les reliefs brillants donnaient-ils au
cuir l’éclat des nobles métaux ciselés.
Le
kwabstijl s’est probablement répandu chez les fabricants de cuir doré
grâce aux orfèvres qui ont créé la plupart des motifs d’impression sur
cuir. Ainsi, en 1632, Johannes Lutma livra des patrons au fabricant
d’Amsterdam Hans le Maire. Le cadre en cuir doré d’un petit miroir
pliable, attribué à le Maire ou à Jacob Frijberger, comporte divers
motifs ornementaux de type kwab qui rappellent l’œuvre de Lutma.
Le
succès de ce style quelque peu bizarre est difficile à comprendre. Il
est sans doute à rapprocher des formes étranges de la nature, des
coquillages, des coraux, des souches et des pierres qui ont toujours
fasciné les artistes et les collectionneurs. À l’époque, ces caprices
de la nature étaient souvent rassemblés dans les cabinets d’art et de
curiosités et placés à côté d’objets façonnés par l’homme. Les
orfèvres hollandais, inspirés par le style kwab, se sont sans doute
laissés guider par cette fascination.
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