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Bref historique de :

La sculpture et des arts décoratifs du XVIe au début du XXe siècle

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Les Fiamminghi, sculpteurs néerlandais en Italie

Alors que les souffleurs de verre et les potiers de majolique venaient en petit nombre s’installer aux Pays-Bas, maints artistes traversèrent les Alpes au cours du xvie siècle pour gagner l’Italie — Rome et Florence surtout — afin d’étudier les antiquités ou poussés par des raisons économiques. Parmi ceux-ci, baptisés les fiamminghi, dominaient les sculpteurs et les maîtres argenteurs néerlandais les premiers à faire le voyage furent Willem Van Tetrode de Delft et Jean de Boulogne, dit Giambologna, de Douai. Ils furent immédiatement suivis par un groupe plus important de sculpteurs où figuraient Hans Mont de Gand, Elias de Witte de Bruges (actif à Florence), Jan Gregor Van der Schardt de Nimègue, Hubert Gerhard de Bois-le-Duc, Adriaen de Vries de La Haye, Pierre de Francqueville, dit Francavilla, de Cambrai, Frans Aspruck de Bruxelles, Alexander Colijn de Malines et le Flamand Jacob Cornelisz. Cobaert.

Leurs carrières présentent des similitudes frappantes ils séjournèrent longtemps en Italie et reçurent des commandes de personnalités éminentes qui assurèrent leur réputation. Ils travaillèrent souvent pour un même cercle de commanditaires, composé essentiellement de princes italiens et allemands. Ces artistes déterminèrent en grande partie l’orientation de la sculpture européenne. Si la plupart d’entre eux se sont distingués en fabriquant des modèles coulés ensuite en bronze, l’aisance avec laquelle ils passaient au bronze laisse supposer qu’ils avaient été formés à l’orfèvrerie dans leur pays d’origine car le modelé et le ciselé font appel dans les deux arts aux mêmes techniques.

Différents facteurs peuvent expliquer la place particulière des Néerlandais dans le domaine de la sculpture et l’engouement qu’ils suscitaient en Europe. La Réforme qui atteignit les Pays-Bas a certainement joué un rôle significatif, puisqu’elle remettait en cause l’utilité et, par-là même, la réalisation des statues. Parallèlement l’Église catholique perdait son rôle prééminent de commanditaire, tandis que le mécénat séculier — celui des princes et de la haute noblesse, en matière de sculpture notamment — avait depuis 1550 pratiquement disparu. De plus, à partir de 1568, les guerres ininterrompues et les dépressions économiques encouragèrent l’émigration des artistes vers d’autres pays européens et les riches cours princières susceptibles de leur assurer travail et protection. Le fait d’être au service d’une cour permettait à un artiste de bénéficier de nombreux privilèges économiques et sociaux, tout en restant indépendant des guildes locales.

Installé à Florence dès 1550, Van Tetrode collabora au socle de Perseus, célèbre bronze de Cellini, avant de s’établir à Rome. Exécutée pour le comte de Pitigliano, son œuvre principale fut un grand secrétaire d’art décoré de nombreuses statues en bronze d’après les modèles antiques. Vers 1567, Van Tetrode regagna Delft où il réalisa deux autels de pierre. Il rapporta également d’Italie une spécialité nouvelle les petites statues de bronze pour collectionneurs. Ses compositions tridimensionnelles dans ce matériau, tel son Hercule Pomarius, influencèrent le développement artistique du dessinateur Hendrick Goltzius et du sculpteur Hendrick de Keyser.

Van der Schardt, après une carrière à Rome, Bologne et Venise, s’installa vers 1570 à Nuremberg et s’attacha à la cour de l’empereur Maximilien II. Il exécuta pour l’empereur une grande fontaine de table dont les quatre statues dorées illustrant les saisons ont été conservées. Il fit aussi des portraits en terre cuite, peints de manière naturelle. Son Autoportrait, représentation ambitieuse d’un artiste au sommet de sa gloire, date de la même époque. Il peut être considéré comme l’un des premiers autoportraits de sculpteur dans l’art occidental et s’inscrit dans la lignée de ceux qu’avait peints Dürer. L’influence italienne se reconnaît aisément dans l’absence de couvre-chef et l’assurance du port de tête. Le petit format de l’œuvre suggère qu’elle a été réalisée pour une collection princière ou patricienne, alors en pleine extension. En effet, cet autoportrait provient du cabinet d’art et de curiosités de Paulus Van Praun, un riche marchand de Nuremberg.

Le plus original et le plus renommé des sculpteurs néerlandais établis à l’étranger fut de Vries, qui avait été l’élève de Giambologna à Florence. Il travailla à la cour impériale de Rodolphe II à Prague. Ses premières œuvres reprenaient le style florentin maniériste de son maître. En témoigne le Mercure et Psyché qu’il réalisa vers 1593 pour l’empereur une composition monumentale en bronze, à la fois complexe et multiforme. L’artiste réussit, en un tour de force technique et formel, à imprimer à ses figures un mouvement tel qu’elles semblent flotter dans les airs. Après la mort de l’empereur, en 1612, de Vries développa un modelé beaucoup plus libre qui atteignit son point culminant dans une série d’impressionnantes statues en bronze commandées par Wallenstein, un noble de Bohême. Ces statues se distinguent par leurs formes libres et expressives où les finitions restent volontairement esquissées.

Plus rares furent les sculpteurs qui cherchèrent et trouvèrent un emploi dans les cours du Nord de l’Europe, en Angleterre, en Allemagne ou en Scandinavie. Willem Boy, de Malines, travailla longtemps en Suède comme architecte et sculpteur. Il y conçut le monument funéraire du roi Gustave Vasa qu’il réalisa ensuite à Malines et Anvers. Cette œuvre se situe dans la tradition de Cornelis Floris et peut être perçue comme une représentation en pierre d’un char de triomphe.

Les orfèvres d’Anvers

Au xvie siècle, Anvers était le plus important des centres d’orfèvrerie. Dans sa Description de tous les Pays-Bas, Guicciardini ne citait pas moins de cent vingt-quatre orfèvres enregistrés dans la ville en 1567. Si la plupart de ces maîtres travaillaient pour le marché libre, certains d’entre eux, répondant à des commandes privées, se sont distingués par leur virtuosité technique et artistique. Un bassin et son aiguière d’émail et de vermeil, réalisés en 1558-1559, illustrent le grand savoir-faire des orfèvres anversois. Cet objet commémoratif — exécuté par un artiste anonyme — comporte des reliefs couvrant l’arrondi de l’aiguière et la cuvette qui rappellent la conquête de Tunis par l’empereur Charles Quint en 1535. Le satyre, les serpents, le buste féminin et les trophées d’armes apposés sur les bords supérieur et inférieur ont été coulés et ciselés avec soin. Cette œuvre fut si remarquée en son temps qu’elle fut offerte en premier prix lors d’une loterie à Anvers deux ans après sa confection. Certains détails de l’aiguière sont proches des motifs de Floris, en particulier le buste féminin et les côtés en forme de coquillage.

Après 1585, nombre d’orfèvres quittèrent Anvers et plus de soixante d’entre eux tentèrent leur chance à l’étranger entre 1585 et 1600. La plupart de ces artistes gagnèrent les Pays-Bas septentrionaux où leur savoir-faire renouvela l’éclat de l’orfèvrerie locale. Vingt-cinq s’installèrent à Francfort-sur-le-Main d’autres partirent en Scandinavie, à Londres, en France et en Italie. Cornelis Rogiers II trouva place auprès de la reine de France, tandis que son frère, Nicolaas Rogiers, devint l’orfèvre du duc de Milan.

Jan Vermeyen, formé à Anvers et actif à Bruxelles, jouissait d’une telle notoriété qu’il fut nommé orfèvre de cour auprès de l’empereur Rodolphe II, à Prague, en 1597. Dans cette fonction, il réalisa en 1602 l’impressionnante couronne impériale. Un autre artiste qui avait reçu sa maîtrise d’argenteur à Utrecht, Paulus Van Vianen, travailla à la cour de Prague jusqu’à sa mort, en 1613. Il était réputé pour sa formidable maîtrise du bosselage de l’argent. À la cour de Florence, Bylevelt, ou Biliverti, originaire de Delft, obtint un statut similaire lorsqu’il entra au service des Médicis. Son livre de caisse des années 1573-1587, heureusement conservé, révèle que cet artiste reconnu aidait financièrement ses collègues arrivant des Pays-Bas. En 1580, il nota le nom d’autres fiamminghi qui travaillaient alors chez Giambologna les sculpteurs Hubert Gerhard et Pierre de Francqueville. Cette petite indication témoigne du réseau international complexe qui s’était tissé entre les artistes néerlandais.

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