Bref historique de :
La sculpture et des arts décoratifs du XVIe au début du XXe siècle
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Quelques spécialisations
La
production
en série ne se limita pas aux seuls autels de Flandre. La prospérité
croissante et l’expansion du commerce au cours du
xvie siècle favorisèrent
la spécialisation des artistes. Parallèlement, des branches
spécifiques se concentraient dans certaines villes les manufactures de
tapisserie à Bruxelles et Audenarde la confection de verre et de
majolique à Anvers la sculpture en albâtre — produite par les
cleynstekers — et la fabrication de figurines saintes en bois — ou
poupées de Malines — à Malines; la production de cheminées en grès et
de statuettes en terre de pipe bon marché à Utrecht.
Le
centre producteur de sculptures miniatures n’a pas encore été situé
exactement, mais il était certainement implanté dans l’une des plus
grandes villes flamandes. Durant la première moitié du
xvie siècle, des ateliers
fabriquaient toutes sortes d’objets précieux en buis destinés à la
dévotion privée des rosaires, des pendentifs de chapelet et des autels
portables. Le pendentif de chapelet attribué au sculpteur Adam Dircksz.
dont la formation et l’œuvre restent inconnues, porte les armes du
régent de Delft Van Bleiswijk, ce qui témoigne d’un travail de
commande. Cette petite boule de buis s’ouvre à l’aide d’une charnière
elle renferme deux minuscules reliefs déployant, sur quelques
centimètres carrés, une variété de détails digne des grands retables.
Le propriétaire pouvait porter l’objet à la ceinture, comme ornement,
ou le fixer à son chapelet et s’en servir pour accomplir ses dévotions.
En outre, ce pendentif soulignait la haute position sociale de son
détenteur.
Un
très petit retable provenant du même atelier affiche une virtuosité
semblable. Cet objet, servant au culte privé, était également
considéré comme une œuvre d’art un tel foisonnement devait
certainement étonner et amuser les visiteurs lorsqu’il était exposé.
En ce sens, il peut être vu comme un précurseur des œuvres rassemblées
dans les cabinets d’art que les princes et les riches bourgeois
collectionnaient pour leur rareté ou leur ingéniosité. Parmi les
acheteurs de sculptures miniatures figuraient des personnages
importants appartenant à la haute noblesse, mais aussi le roi
d’Angleterre Henri VIII.
L’installation d’un petit nombre de potiers italiens dans les Pays-Bas
au début du xvie siècle
eut d’indéniables conséquences. Originaire de Castel Durante, le
potier de majolique Guido da Savino s’établit dès 1508 à Anvers, où le
rejoignirent quelques années plus tard Janne Maria da Capua et
Johannes Franciscus de Brescia, deux émigrés italiens travaillant dans
cette nouvelle branche de l’artisanat. Ils importèrent une
connaissance technologique et artistique d’une grande valeur pour la
production de céramique de luxe et furent à l’origine d’une
manufacture anversoise de majolique qui se montra florissante après
1550. La deuxième génération de potiers, totalement assimilés à la
population locale, fournissait en céramique une clientèle fortunée.
Les
premières majoliques produites à Anvers sont fortement influencées par
la technique et le décor italiens. Sur le fond blanc obtenu par émail
d’étain étaient appliqués divers pigments pour créer une décoration
colorée à l’origine, celle-ci comprenait surtout des motifs floraux
combinés ou non à des scènes figuratives. Une cruche réalisée par le
spécialiste de majolique Franchois Frans témoigne du talent de ces
potiers. Les grotesques et les mascarons, ressortant sur le fond jaune,
rappellent les décorations créées par Raphaël dans les chambres du
Vatican. Au centre des médaillons, les petites représentations
bibliques, illustrant l’histoire de Tobie, sont peintes dans la
tradition décorative italienne de l’istoriato.
Frans
était marié à la veuve de l’un des premiers potiers de majolique
installés à Anvers, Guido da Savino, dont il fut le chef d’atelier de
1543 à 1563. À cette époque, la demande en majolique s’accrut sans
cesse et celle-ci n’était pas limitée à la région d’Anvers, comme en
témoigne une commande de l’abbé Rekamp provenant d’Aduard, dans la
lointaine province de Groningue. En 1547, il commanda deux carreaux
émaillés portant les armes de l’ordre et son propre blason, qui furent
posés dans le refugium du couvent de la ville de Groningue. Des
commandes passées depuis l’Angleterre et le Portugal sont également
attestées. Le succès de ce nouveau produit encouragea même un certain
nombre de potiers de majolique anversois à s’installer, au cours du
xvie siècle, à Haarlem,
Middelburg, Amsterdam ou Norwich (Angleterre). Leurs œuvres et le
développement de la production nationale seront à l’origine de la
faïence de Delft, qui verra le jour au
xviie siècle.
L’histoire de la confection des verres de luxe aux Pays-Bas
s’apparente à celle de la majolique. En Italie, l’industrie du verre
était concentrée à Venise, Florence et Altare, une ville voisine de
Gênes. Malgré les interdictions municipales concernant la divulgation
des procédés de fabrication et les peines sévères que les verriers
vénitiens faisaient peser sur les candidats à l’émigration, un grand
nombre d’entre eux s’établirent un peu partout en Europe au cours du
xvie siècle. L’une des
premières manufactures de verre bâtie sur le modèle vénitien au Nord
des Alpes fut fondée à Anvers en 1549. Dans cette ville qui devint
vite l’un des centres verriers les plus importants du nord-ouest de
l’Europe, toutes les techniques connues à Venise étaient utilisées et
tous les types de verre confectionnés. De nombreux Vénitiens
séjournaient quelque temps à Anvers avant de s’établir ailleurs en
Europe. C’est le cas de Giacomo Verzelini, né à Venise en 1522. En
1556, il arrivait à Anvers où il se maria et, seize ans plus tard,
s’installa à Londres pour diriger une manufacture de verre.
La
diffusion en Europe de la technologie et du talent des Vénitiens fut à
l’origine de la formule à la façon de Venise qui, dès le milieu du
xvie siècle, désignait
ces verres de luxe. Les procédés de fabrication et les formes des
verres italiens et dits à la façon de Venise se ressemblent il est
donc très difficile de distinguer un verre néerlandais. Le Catalogue
Colinet, réalisé par la manufacture du Hainaut, offre d’intéressantes
indications à ce sujet. Ce manuscrit du
xvie siècle est l’ancêtre
des catalogues de vente il comporte de petits dessins à la plume
accompagnés de courtes descriptions des différents modèles fournis par
la manufacture. Une boule de verre transparent, entièrement ornée de
petits masques de lion, est classée dans ce catalogue parmi les formes
apparentées au ciboire, nom désignant autrefois des verres à bière ou
à vin qui étaient livrés, au choix, avec ou sans couvercle. La forme
et les décorations de ce verre sont probablement empruntées à un
modèle en argent. La reproduction d’objets en métal précieux prouve la
grande technicité des souffleurs de verre travaillant à la façon de
Venise. Élégant et raffiné, le verre se caractérise par sa finesse et
sa transparence mais aussi par les subtiles décorations qu’il déploie,
stries, masques en relief, petites perles de turquoise et dorures.
En
1581, un premier verrier de style vénitien quitta Anvers pour
s’établir dans les Pays-Bas du Nord Govaert Van der Haghe obtint de la
ville de Middelburg l’autorisation de s’implanter et une subvention
annuelle. En dix ans, sa manufacture à la façon de Venise conquit tout
le marché des régions septentrionales. À sa mort, en 1605, l’Italien
Antonio Moretti reprit la fabrique qui employait, outre les souffleurs
de verre, environ soixante veuves et enfants. Après Middelburg, de
nouvelles manufactures virent le jour, à Amsterdam en 1597, à
Rotterdam et La Haye au début du
xviie siècle. Dans les villes de moindre importance, Gorkum,
Nimègue ou Zutphen par exemple, les entreprises étaient plus petites
et souvent peu florissantes.
Une
branche voisine, la peinture sur carreaux de verre, se développa
principalement à Anvers. Les peintres sur verre étaient pour la
plupart des artisans anonymes qui utilisaient les projets peints ou
dessinés par d’autres artistes et produisaient souvent en série. On
connaît ainsi les œuvres de certains peintres, tels Dirck Crabeth, de
Gouda (actif vers 1540-1570), et son aîné Dirck Jacobsz. Vellert,
d’Anvers. Ce dernier peignit avec la précision d’un dessin à la plume
Le Triomphe de l’Éternité, une représentation issue de la série Les
Triomphes de Pétrarque. Sur un char triomphal tiré par les figures
emblématiques des quatre évangélistes — l’ange, l’aigle, le taureau et
le lion — trône la Trinité, symbole de l’éternité. La signature DV et
la date de 1517, apposées sur le carreau haut d’une vingtaine de
centimètres, témoignent de l’intérêt porté à ce type d’œuvres. La
fonction ou la destination première de ce petit panneau de verre est
inconnue, mais il existe des séries de carreaux représentant les
Triomphes dans les demeures de riches bourgeois. Le choix de ce sujet
laisse supposer une pensée humaniste chez le commanditaire.
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