Bref historique de :
La sculpture et des arts décoratifs du XVIe au début du XXe siècle
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En
dehors des centres de production industrielle, des potiers en
chambre étaient actifs depuis l’essor du nouveau style. Joseph
Mendes da Costa créa toutes sortes de figures humaines et d’animaux
stylisés dans un grès décoré de glaçure au sel. Le jeu gracieux des
lignes lui importait beaucoup. À l’instar de ses confrères
néerlandais, Mendes da Costa consacra une grande partie de son œuvre
à la plastique animale naturel et spontanéité caractérisent ses
singes assis qui renouvellent le genre. Ses sources d’inspiration
étaient très diverses, mais il emprunta beaucoup à la céramique
chinoise de la dynastie Tang qui était alors mieux connue en Europe.
Mendes da Costa était à la fois céramiste et sculpteur, une
combinaison fréquente à l’époque. Au début de sa carrière, il
partageait son atelier avec le sculpteur Lambertus Zijl, dont le
modelé libre et le travail au couteau servaient une expression fort
appréciée par les amateurs. Mendes da Costa, suivant l’exemple de ses
compatriotes, utilisait un style géométrique strict dans lequel les
différents volumes semblaient s’emboîter comme les pièces d’un puzzle.
Altorf et Van der Hoef ont travaillé dans cette même veine. Le
meilleur exemple de ce style aux lignes pures et aux formes simples
revient à Théo Vos et à sa statuette d’une femme dansant (Dansende
vrouw), une œuvre très stylisée qui tirait son inspiration de l’art
égyptien ou javanais.
Le
céramiste et sculpteur Van der Hoef fit exécuter son œuvre par une
fabrique d’avant-garde à Amsterdam, la Amstelhoek, où l’on travaillait
à la fois la terre et le métal. Les créations de Van der Hoef ont des
formes d’une extrême simplicité. La décoration, entièrement fondée sur
la couleur, consiste à inclure ou apposer un motif au moyen d’argile
de teintes contrastées, une technique traditionnelle dans la poterie
populaire. Une même sobriété caractérise l’œuvre de Jan Eisenloeffel,
qui fut engagé par la fabrique Amstelhoek. Il réalisa un service à thé
en cuivre jaune qui fut très apprécié. La forme de la théière se
référait à un modèle traditionnel japonais, le pot à saké, mais
l’artiste inventa de nouveaux motifs décoratifs qui imitaient les
éléments de construction comme les rivets. Eisenloeffel mit beaucoup
d’énergie à défendre son idéal rendre les objets esthétiques
accessibles au grand public. Il n’y réussit qu’en partie car ses
projets demeuraient trop onéreux. Après 1910, alors qu’il était tenu
par Amstelhoek de fabriquer des objets de luxe, il utilisa l’art
chinois et javanais pour créer une décoration très détaillée et des
couleurs aux accents émaillés.
Une
autre spécialité javanaise apparut le batik, une peinture sur soie,
qui s’était développée dans les Indes néerlandaises (Indonésie) pour
décorer des étoffes et des parchemins. Le batik fut, autour de 1900,
l’une des contributions les plus originales des Pays-Bas à l’Art
nouveau. Différents artistes tels Lion Cachet, Chris Lebeau et Thorn
Prikker l’appliquèrent aux paravents, aux tentures murales et aux
reliures de livres ce travail reçut un très bon accueil dans les
expositions universelles. En ébénisterie, la tendance constructive et
rationnelle dominait. Évitant les lignes fluides, le bois taillé au
décor stylisé, souvent incrusté d’ivoire, prit place dans les
décorations. Le berceau créé par Johan Thorn Prikker pour un médecin
de La Haye — dont la maison avait été dessinée par Van de Velde —
montre une surabondance d’éléments décoratifs à l’intérieur d’une
construction architecturale aux lignes rigoureuses. Les parties dues à
la main du sculpteur Altorf comportent toutes sortes d’insectes
stylisés et de coquilles d’escargot. Sur les quatre montants figurent
de petits animaux en ivoire, sans doute inspirés par les netsuke
japonais, des boutons de ceinture alors collectionnés en Europe comme
des curiosités.
Le
renouveau toucha tardivement l’art du verre, grâce au jeune créateur
Andries Copier, embauché en 1923 comme conseiller artistique par la
verrerie de Leerdam. Les créations de Copier et de ses collègues en
matière de verre libre furent vendues sur le marché comme des pièces
uniques, mais servirent en même temps d’expérimentations pour les
souffleurs. Chris Lebeau proposait surtout des formes robustes et
monumentales. Il quitta ensuite Leerdam pour la Bohême où il réalisa
ses meilleures œuvres. Le verre transparent était souvent agrémenté de
petits morceaux de verre coloré ou bien revêtu d’étain craquelé.
La
production avant-gardiste de la fabrique de Leerdam illustre bien le
passage d’un style gracieux et souvent très artisanal à une approche
plus industrielle et commerciale qui, dans le courant des années 1920,
devint plus manifeste encore sous l’influence des idées du Bauhaus et
du mouvement De Stijl. Le verre pressé, fabriqué industriellement pour
créer des services, ouvrait une nouvelle voie qui permit à un large
public de se procurer des ensembles empreints de l’esthétique en
vogue. Des architectes éminents tels que Berlage et de Bazel furent
souvent engagés comme concepteurs. Le service à petit déjeuner jaune
vif réalisé par Berlage et Piet Zwart en 1924 marque cette nouvelle
tendance qui peut être considérée comme un adieu définitif à l’Art
nouveau.
L’essor
culturel
des
Pays-Bas, qui se manifesta dès la fin du Moyen Âge, se perpétua ainsi
presque sans interruption pendant quatre siècles. Les échanges
artistiques entre les Pays-Bas méridionaux et les Provinces-Unies se
poursuivirent malgré la séparation politique et religieuse du Nord et
du Sud, consacrée par le traité de Münster en 1648. À partir du
xviie siècle, ce sont
principalement des sculpteurs qui, après avoir reçu leur formation
dans les provinces méridionales, s’établirent dans les Provinces-Unies,
mais durant le xvie siècle
et la première moitié du xviie siècle,
le mouvement d’émigration toucha l’ensemble des disciplines
artistiques. L’afflux de ces talents imprima un élan décisif à la vie
culturelle des Provinces-Unies.
La
scission religieuse du Nord et du Sud joua cependant un rôle
déterminant sur l’évolution des styles alors que les provinces
catholiques du Sud privilégiaient le vocabulaire du baroque et
recouraient abondamment à l’allégorie, les artistes du Nord optaient
pour la sobriété d’un style inspiré par les modèles du classicisme.
La
capacité de s’ouvrir continuellement aux courants étrangers explique
sans doute en partie la vitalité culturelle que les Pays-Bas
manifestèrent durant cette longue période. Au
xvie siècle, la
pénétration des éléments italiens s’illustrait à la fois par
l’adoption du style Renaissance et par l’essor des industries du verre
et de la céramique. Au xviie siècle,
c’est la Chine et le Japon qui inspirèrent la production de faïence,
alors que la décoration intérieure préfigurait la mode des
chinoiseries qui se répandit en Europe dès le début du
xviiie siècle. À la fin
du xviie et au
xviiie siècle, le goût de
la régularité trahit l’ascendance du style français sur les arts
décoratifs. Les artistes réussirent toujours à exploiter ces
influences à leur propre avantage.
Au
xixe siècle,
l’essoufflement des commandes plongea la vie artistique dans une
certaine torpeur, même si la présence de grands talents et l’esprit
d’ouverture des milieux culturels favorisaient de brillantes
initiatives dans l’entourage du philosophe Hemsterhuis, le
néoclassicisme suscita un intérêt particulièrement précoce à la fin du
siècle, des créateurs isolés, comme Colenbrander, proposèrent une
interprétation originale de l’Art nouveau.
Comparés à la production des pays voisins, les arts décoratifs et la
sculpture des Pays-Bas affichent une retenue caractéristique des
valeurs bourgeoises. On y chercherait en vain la trace d’une
quelconque folie des grandeurs. Les habitations de la bourgeoisie
aisée et même les palais princiers conservent des dimensions modestes,
qui imposent un caractère intimiste aux intérieurs. Avant le
xixe siècle, le pays
resta fermé à toute forme d’art monumental. Le talent des artistes des
Pays-Bas ne s’exprimait donc pas dans les dimensions de leurs œuvres,
mais dans leur sobre raffinement, d’une austérité parfois spartiate,
et leur remarquable qualité d’exécution. Ces caractéristiques sont
constantes à travers les quatre siècles d’essor artistique des
Pays-Bas on les trouve à la fois dans les minuscules pendentifs de
chapelet de la fin du Moyen Âge, les projets élégants de Van de Velde
ou les sobres vitrages modernistes de Berlage. Aux Pays-Bas
septentrionaux, la sculpture et les arts décoratifs étaient moins
destinés aux palais et aux églises qu’aux habitations de la
bourgeoisie. Les observations que le voyageur anglais Peter Mundy
recueillit vers 1640 sur les habitants des Pays-Bas en apportent une
étonnante confirmation Les autres meubles et ornements de leurs
habitations sont aussi très coûteux et curieux, pleins de plaisir et
de satisfaction domestique, comme les riches armoires, les secrétaires,
etc., les images, la porcelaine, les riches et délicates cages
d’oiseaux, etc. [on trouve] toutes ces choses dans toutes les maisons,
quelle que soit leur qualité, merveilleusement nettes et propres.